Le gouvernement fédéral a dévoilé lundi son intention de privatiser la gestion des quatre plus grands aéroports du pays — Montréal-Trudeau, Toronto Pearson, Calgary et Vancouver —, une annonce-choc faite dans le cadre du Sommet canadien de l’investissement qui s’est tenu à Toronto la semaine dernière.
Le premier ministre Mark Carney défend cette décision comme un geste « intelligent » visant à attirer les capitaux privés pour moderniser des infrastructures aéroportuaires vieillissantes. « Nous ne vendons pas nos aéroports, nous confions leur gestion opérationnelle à des concessionnaires privés, tout en conservant la propriété publique », a précisé le premier ministre.
Le modèle de concession en question
Le projet s’inscrit dans une stratégie plus large du gouvernement Carney pour stimuler la productivité canadienne. Parmi les 167 projets présentés au sommet d’investissement, seule une dizaine concernait les infrastructures publiques. La méga déduction à la productivité permettra également aux entreprises de déduire intégralement leurs investissements dès l’année de leur réalisation, une mesure coûtant 8 milliards de dollars par année au trésor fédéral.
Comme le note la chroniqueure Hélène Buzzetti du Soleil, « tout dépend des paramètres que donne l’État au concessionnaire ». L’économiste Hafedh Bouakez ajoute qu’« attirer du capital étranger ne signifie pas abandonner sa souveraineté ».
Ce que ça change pour les voyageurs québécois
Pour les millions de passagers qui transitent chaque année par Montréal-Trudeau, les répercussions restent à définir. Les critiques, notamment du NPD et du milieu progressiste, craignent une hausse des frais aéroportuaires et une détérioration des services au profit de la rentabilité. Les partisans du modèle font quant à eux valoir les exemples européens — Londres Heathrow, Paris Charles-de-Gaulle — où la gestion privée a permis des investissements majeurs en modernisation.
Le gouvernement Carney explore également des discussions préliminaires sur un « statut associé européen » de coopération stratégique avec l’Union européenne, signal d’un Canada qui cherche à diversifier ses alliances face aux pressions américaines.
La privatisation aéroportuaire devra toutefois franchir l’étape parlementaire, où l’opposition promet un examen rigoureux des conditions de concession.

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